Convergence citoyenne pour la transition energetique
A l'initiative des collectifs contre le gaz de schiste

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Production sans limites d'énergie !

vendredi 7 août 2015, par Christine Poilly

Intervention Nîmes

Voilà le pilier d’une folle course à la croissance qui entraine mécaniquement productivisme et extractivisme débridés qui ont façonnés notre organisation sociale, fondée sur l’injustice et la prédation des ressources. Les gouvernants à la solde des lobbies ont fait des choix irresponsables, confisquant au passage le débat et le contrôle démocratique (en particulier pour le nucléaire).

Le productivisme nous confine dans une surconsommation encouragée par le crédit, l’obsolescence programmée et la publicité, au mépris des conséquences sur les humains plus pauvres et sur les générations qui viennent. La toute puissance acquise par les multinationales grâce à la concentration des moyens de production et de distribution a viré au cynisme, dérégulant toujours plus, mondialisant toujours plus, tout particulièrement dans le secteur de l’énergie qui génère des bénéfices indécents.

Alors que tous les indicateurs sont au rouge (gaz à effet de serre, chute de la biodiversité, acidification des océans, épuisement des ressources, pauvreté…), les lobbies de l’énergie s’acharnent à tenter de nous imposer une production croissante. Leur réponse au pic de pétrole : la ruée vers les fossiles non conventionnelles, dont l’extraction est très polluante ; leur réponse aux dangers du nucléaire : de nouveaux monstres plus dangereux encore (ITER, EPR…) mais de fermeture de centrales nucléaires, il n’en est pas question pour l’instant et pour la gestion des déchets : cachons les ! L’enfouissement profond des déchets nucléaires à Bure est un marché aussi juteux qu’irresponsable !

Ce système de production d’électricité entraine des pertes énormes (pertes en ligne notamment), et oblige à gérer des flux d’énergie qui sont propice à de nouveaux marchés : 7000 nouveaux kilomètres de ligne THT prévus par RTE, alors que la consommation a déjà commencé à baisser depuis deux ans !

Ces choix productivistes obligent à des contorsions géostratégiques pour protéger les positions des entreprises nationales sur les ressources des autres pays (Aréva au Niger, guerre du golf…) faisant fi des droits des peuples, surtout les plus pauvres.

Face aux crises sociales, démocratiques et environnementales, ces technocrates, dans l’incapacité de remettre en cause le dogme de la croissance, nous proposent des solutions techno-scientistes !

Le gang du nucléaire crée des filières (qui portent des noms sympathiques : la compagnie du vent…), tentant encore de reprendre la main sur une pseudo-transition énergétique en installant de grands champs d’éoliennes dans la précipitation (alors que les techniques progressent et qu’il est urgent d’attendre !), comme si l’inéluctable raréfaction des métaux ne les concernait pas. (beaucoup de cuivre dans une éolienne et des métaux rares).

L’économie circulaire, sensée nous donner le pouvoir de recycler infiniment est un non sens : les métaux sont utilisés sous forme dispersives (comme le titane qui est utilisé pour faire du colorant blanc dans nos peintures, dentifrices…) et on ne refait pas un train avec le métal recyclé mais tout juste des ronds à béton, comme on ne refait pas des bouteilles d’eau avec le plastique recyclé mais des chaises de jardin. Et puis… il faut de l’énergie pour recycler.

Dans le Nord de la France, la révolution industrielle proposée par Rifkin porterait à rire si elle n’était pas soutenue par des élus (notamment écologistes), béats devant, je cite « une telle avancée scientifique » ! Tous producteurs d’électricité pour faire fonctionner les pilotes de nos objets devenus intelligents, nos imprimantes 3D, nos robots et autres gadgets : quel avancée pour l’humanité ! (avec au passage un côté sécuritaire qui devrait nous interroger)

Les marchés-carbone, ont servi d’aubaine aux multinationales, les compensations environnementales ont servi à légitimer les grands projets et les services rendus par la nature ont été peu à peu financiarisés.

Aucune transition énergétique n’est sérieusement envisageable sans une réduction drastique nos consommations et particulier de nos consommations d’énergie !!!

Nous sommes à la croisée des chemins et nous devons faire des choix : continuer à gaspiller les ressources (1 génération de portable tous les 6 mois…) et aggraver les crises ou changer complètement de paradigme et revenir à une société plus humaine, plus sage.

Nous, décroissants, faisons la proposition d’une organisation sociale plus juste, plus humaine, écologiquement soutenable. Reconstruire des liens de solidarité au lieu de la compétition de tous contre tous, trouver des solutions de « vivre tous ensemble » dans le respect de l’environnement et des générations à venir, voilà qui devrait être un défi collectif enthousiasmant, pour peu que nous soyons ambitieux, créatifs et déterminés.

Pourquoi décroitre ?

Parce que nous avons dépassé tous les seuils d’insoutenabilité : de l’injustice sociale à l’asservissement de l’homme par le travail, du massacre de la biodiversité au gaspillage des ressources, d’une production d’énergie qui sert surtout les multinationales à la folie d’un consumérisme débridé. La décroissance n’est pas un dogme, c’est le chemin qui nous ramène à une société soutenable.

Nos maitres mots seront : ralentissement, relocalisation, entités à taille humaine et démocratie réelle. Nous n’attendons pas le grand soir, déjà de nombreuses expérimentations sont en place et les objecteurs de croissance se mobilisent pour que les idées gagnent du terrain.

Comment décroitre ?

Pour réduire drastiquement nos consommations, en particulier d’énergie, il faut recentrer les productions autour de nos besoins fondamentaux décidés localement et démocratiquement (interdire l’obsolescence programmée, limiter la publicité et limiter au maximum la production d’objets jetables).

Relocaliser, autant que faire ce peut, nos productions industrielles comme agricoles à la fois pour reprendre le contrôle de ce que nous produisons et pour éviter le gaspillage d’énergie que nécessite le transport : tomates espagnoles vendues aux Pays-Bas alors que les tomates hollandaises se vendent en France : ce grand déménagement planétaire quotidien est un modèle dépassé et ne sert que des profits privés.

Relocaliser n’empêche en rien la coopération et les échanges avec les autres peuples et la libre circulation des personnes.

Produire moins nous permettrait de travailler moins ; cela implique une réduction du temps de travail digne de ce nom, nous permettrait de regagner des parts de nos vies, de notre temps et de notre implication dans la vie de la cité, mais surtout de limiter notre empreinte en terme d’énergie et de ressources naturelles.

Cela suppose que la valeur « travail » ne reste pas centrale dans notre imaginaire collectif et que chacun puisse vivre décemment. Aussi, l’instauration d’un revenu inconditionnel d’autonomie, d’un montant qui permet réellement de vivre nous parait indispensable. Après tout personne ne reste complètement inactif et il y a tant de domaine utile socialement qui ne sont pas valorisés ! (culture, expérimentation sociales, investissement dans la vie de la cité…).

Nous voulons avant tout une société plus juste : ce revenu minimum n’a de sens et ne peut être financé que s’il est couplé à un revenu maximum acceptable, à définir collectivement.

Au-delà de la relocalisation, les entités de production doivent rester des entités à taille humaine, coopératives. Bref, il faut remettre les politiques industrielles au service de l’homme, les sortir des griffes de l’économie libérale, favoriser l’artisanat.

 Sortir l’agriculture de sa dépendance aux énergies fossiles à la fois par l’utilisation intempestive d’engrais et de produits chimiques (pesticides….) et par la taille toujours plus importante des exploitations agricoles qui éloigne les terres de leurs exploitants : de petites unités de productions de qualité, proches des lieux de distribution serait plus convivial, moins gourmand en énergie et porteur d’emplois. Il faut privilégier les petites exploitations, les AMAP, les coopératives de production et casser le cercle de la grande distribution qui écrase les paysans pour asseoir son pouvoir et augmenter ses profits.

Plus questions d’implanter de grandes zones commerciales autour des villes !

Préservons des ceintures vertes autour des villes afin que les camions transportant viandes et légumes ne sillonnent plus la France en permanence, voilà une économie d’énergie non négligeable !

Refusons que des usines à vaches et autre agro-industrie qui ne respecte ni le vivant ni les consommateurs ne devienne le modèle dominants (mais luttons avec force, il se développe à grande vitesse).

Revoir l’urbanisme et l’aménagement du territoire nous permettra aussi d’économiser une quantité importante d’énergie : Les villes continuent de s’étaler. Les quartiers se spécialisent, les grandes zones commerciales fleurissent à la périphérie des villes, et la spéculation immobilière rejette toujours plus loin les habitants les plus pauvres. Cette organisation urbaine contraint à toujours plus de déplacements. Nous voulons une ville plus humaine, centrée sur la vie des quartiers, avec de petits commerces, des artisans, des habitats partagés et des jardins collectifs et entourée d’une ceinture verte.

Bien sur, revoir notre conception des bâtiments, leur isolation et construire avec des matériaux adaptés à la région, en tenant compte de l’énergie grise impliquée. 

Mettre une priorité sur le développement des transports doux et collectifs, à l’intérieur des villes comme entre les villes. Continuer à construire des aéroports et des lignes TGV pour que les classes d’affaires se déplacent toujours plus vite et pour palier à la panne de croissance via de grands projets inutiles, est au mieux un non sens, au pire une escroquerie quand on parle parallèlement de transition énergétique !

A la condition d’avoir réduit individuellement et surtout collectivement nos consommations d’énergie, alors une transition énergétique sera vraiment possible. Mais il faudra bien continuer à produire de l’énergie, pour satisfaire nos besoins fondamentaux.

Et là encore, ne nous laissons pas aller à la folie des grandeurs ; des grands projets centralisés sont source de pertes d’énergie, de besoin d’infrastructures inutiles et de la perte de contrôle des habitants, source de toutes les dérives possibles.

Il faut s’orienter vers des productions locales d’énergie, adapté aux ressources de chaque territoire et aux besoins réelles des populations.

Et là aussi, réduire les échelles de production : de petites unités territoriales à l’échelle d’une ville, d’une petite région ou d’une ferme, avec un contrôle démocratique, tout peut être imaginé, soyons ambitieux.

Des solutions existent, l’essentiel est de respecter un mix varié basé sur les ressources locales.

L’éolien, tant individuel que collectif fait l’objet de progrès techniques intéressants, le photovoltaïque thermique est une solution acceptable, l’hydroélectricité continuera à être utilisée, le bois a un bon potentiel dans beaucoup de régions pourvu qu’un équilibre soit respecté afin de ne pas détruire la ressource, et qu’il soit utilisé très localement, la méthanisation à petite échelle, la méthanation…

Laissons s’exprimer la créativité, sortons la recherche des griffes des lobbies et nous verrons apparaitre des solutions inattendues (voir comment les zadistes trouvent d’ingénieux systèmes pour se chauffer).

Nos exigences restent fermes quant à la sortie rapide des nucléaires civiles et militaires et à la proscription des énergies non conventionnelles. Pas question de grignoter un seul mètre carré de terres agricoles pour y produire des agro- carburants (ou y planquer nos déchets)

La part d’énergie allouée à la satisfaction des besoins fondamentaux de chacun devrait être gratuite, considérée comme un bien commun. Parallèlement, une taxation très forte du « mésusage », devrait inciter les habitants à la sobriété énergétique.

Nous n’attendons rien de la COP 21 qui aura lieu en France cette année et nous appelons d’ores et déjà à une mobilisation de tous pour affirmer notre refus de leur politique : nos gouvernants sont incapables de changer de paradigmes et seront donc incapables de trouver des solutions aux crises.

Christine Poilly Mouvement des Objecteurs de Croissance

Complément :

Des copains intervenants et des copains dans la salle ont réagi à la proposition de relocalisation de la production d’énergie et de décentralisation du réseau avec comme arguments, la péréquation de la quantité d’énergie ainsi que l’égalité parfaite des tarifs sur tout le territoire. Le temps nous a manqué pour pouvoir faire une réponse argumentée, ce que je souhaite faire maintenant.

Loin de souhaiter la stricte égalité qui frise souvent la stricte uniformisation, je crois préférable de défendre l’idée « d’une vie décente pour tous », une vie décente ne signifiant pas une vie que nous imaginons avec toujours plus de confort, qui ne satisferait pas à l’exigence d’une réduction drastique de nos consommations d’énergie.

Aux inconditionnels du tarif identique de l’électricité pour tous, il faut faire remarquer que cette apparente source d’égalité n’a pas vertu d’équité : habiter un HLM du nord de la France, qu’il faut chauffer (à l’électricité !) huit mois par an ou habiter une maison bien isolée du sud, où l’on chauffera deux fois moins longtemps, voilà une inégalité sur les factures qui n’ont rien à voir avec le tarif unique du prix d’électricité.

Ce qu’il nous faut défendre c’est une quantité d’énergie (et pas d’électricité) gratuite, correspondant à la satisfaction de nos besoins fondamentaux, quantité décidée localement et collectivement. La taxation du mésusage de l’énergie, à un taux décourageant vraiment le gaspillage, couplée à la gratuité du bon usage correspond à une répartition plus juste de ce bien commun qu’est l’énergie.

Quant à garder le réseau centralisé pour pouvoir faire des péréquations entre les régions plus ou moins productrices d’électricité, voilà qui est l’argument développé par RTE pour nous imposer ses 7000 nouveaux kilomètres de ligne THT, servant à mailler le territoire !

RTE légitime ce réseau centralisé de distribution, source de pertes énormes d’énergie électrique, par l’arrivée des énergies fluctuantes (éoliennes et photovoltaïques) à partager équitablement entre les régions. Mais on sait bien que ce réseau qui va devenir intelligent, servira surtout à vendre instantanément l’énergie « en trop » aux pays voisins, avec au passage, des compteurs intelligents, véritables espions installés dans votre maison.

Connaissez-vous un territoire qui ne possède aucune forêt, aucun cours d’eau, sur lequel on ne comptabilise aucun jour de vent, aucun jour de soleil, pas de déchets à méthaniser….

Si ce territoire existait, c’est qu’il faudrait en changer les contours (se déplacer ? agrandir l’échelle de production locale ?).

Mais gageons que ce sinistre territoire n’existe et que partout, il sera possible de réaliser sur un mix énergétique, basé sur les ressources locales et sur toutes les solutions innovantes qui naitront de l’expérimentation sociale visant à plus d’autonomie, d’autogestion.

Non, vraiment il n’y a pas d’intérêt à continuer de développer, voire à garder un système de production et de distribution centralisé (fût-il public !) pour faire une éventuelle redistribution vers une autre région deux fois l’an ; Préférons de petites unités de production territoriales, gage d’autonomie et de partage, au risque de devoir remettre un pull de plus, de temps en temps.

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