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COMMENT S'ORGANISER POUR CONSOMMER MOINS D'ÉNERGIE ?

Atelier : Habitat et urbanisation

lundi 10 août 2015, par Ghislaine Soulet, Guillaune Faburel

Atelier : Habitat et urbanisation

Le premier temps de l’atelier a visé à démystifier le développement durable officiel comme projet collectif pour consommer moins d’énergie par de « nouveaux » modèles d’aménagement ou de « nouvelles » formes d’habitat. Tel que promu à ce jour dans les discours politiques des institutions, le « développement durable » présente en fait de fausses bonnes solutions, produites par le système productiviste lui-même :

- Les réponses techniques, immédiates et partielles qui se limitent à ajuster à la marge mode de production actuel et l’organisation du territoire qui lui est associée : isoler les bâtiments anciens, imposer de nouvelles normes bioclimatiques pour les constructions neuve, éviter l’étalement urbain pour limiter les déplacements des personnes et des marchandises associés, refaire la ville sur la ville en développant des quartiers intégrant équipements, services et emplois pour multiplier les déplacement à courtes distances, créer des « éco-quartier » favorisant un sentiment de cohérence entre options politiques et pratiques pour les tenants de l’écologie ;

  • Le mouvement de « responsabilisation individuelle » qui incite chacun à bien vouloir modifier ses pratiques de consommation, à adapter ses comportements à des fins prétendument vertueuses écologiquement, dans une société hyper consumériste ;
  • La montée en puissance des villes, nouvel interlocuteur politique et territorial promu
    par les instances européennes et les grands lobbies, mais aussi par l’Etat dans le cadre de ses réformes territoriales depuis 2010, comme partenaire idéal de la transition énergétique aux dépends des Etats.

Ces fausses bonnes idées du développement durable font système voire modèle du capitalisme urbain, et ce sous l’égide d’une métropolisation des territoires. Dans une économie postindustrielle bien plus dématérialisée (financiarisation), la grande ville métropolitaine est devenue par les cibles de consommation et marchés qu’elle concentre, le dernier grand lieu d’accumulation du capital et de production du survaleur/profit. Toutefois, après la fermeture ou la délocalisation des ateliers et usines, des machines-outils et de leurs modes de production fordiste, elle a besoin de fixer cette valeur. Elle doit alors trouver d’autres moyens de polariser. Il s’agit ainsi de densifier (grossir… de l’intérieur) et d’accélérer, notamment par les grands projets ; et de requalifier les centres à des fins d’attractivité de certaines catégories socio-professionnelles par la patrimonialisation. L’encastrement dans le capital technique et dans le capital immobilier assure des rendements à long terme (cf. partenariats public – privé).

Dans cette visée de nouvelle accumulation, le développement prétendument durable, et surtout la technique comme discours et outils par les enjeux énergétiques offre des vertus essentielles :

  • prétendre lutter contre l’étalement urbain qui serrait énergivore et consommateur des ressources naturelles (donc densifier toujours plus) ;
  • fonder des normes et certificats permettant de toujours plus concentrer les cibles de la consommation (ex : tours) ;
  • orienter les comportements et organiser les conduites sociales pour l’optimisation des flux, sous couvert de réduction de l’empreinte écologique de ces agglomérats urbains.
    Loin de l’efficience visée, la technique sert surtout à gouverner les corps, produisant un néo-fonctionnalisme et un néo-productivisme, urbains, du capital mondialisé.

Sur cette base de constat, le débat a traité de 3 sujets plus particulièrement  : les territoires urbains/ruraux aujourd’hui, les outils de l’urbanisme et de l’aménagement, et la construction démocratique de la transformation socio-écologique.

Tout d’abord, concernant l’existant des territoires, la dualité urbain/rural tant décriée à ce jour, est le produit de cette construction du capitalisme urbain.

Les catégories déclassées et surnuméraires vivent historiquement et majoritairement dans les banlieues et les grandes périphéries. Le néo-fonctionnalisme dorénavant proposé par la maîtrise technique des questions énergétiques propose de reconcentrer l’urbain, alors même que, d’une part, ces populations ne peuvent y accéder (à moins de s’endetter plus encore), et, surtout, que les trajectoires résidentielles vers le péri-urbain traduisent également des choix d’autres modes de vie que ceux proposés dans la ville dense. Sans compter que, a contrario de la densification, il existe à ce jour plus de 200 villes de plus de 10 000 habitants qui rétrécissent en Europe, non seulement pour des raisons de désindutrialisation mais aussi du fait de départs volontaires. Bref, l’injonction à la densité urbaine apparaît de plus en plus contre nature, et l’on voit des ménages qui font le choix d’autres modes de vie (ex : sobriété) et de valeurs (ex : ralentir). Une volonté de reprise de soi et de son parcours de vie est de plus en plus relayé par des formes d’activités coopératives, de production alimentaire, ou encore de réinvestissement social.

Ce sont en fait, deuxième sujet, les outils historiques de l’aménagement (Zones d’Aménagement Concerté, Zones d’Aménagement Différé…) ou encore les produits immobiliers proposés par les pouvoirs publics/privés (ex : maison à 100 000 euros) qui construisent le discours sur la nécessaire re-densification, et ce faisant soutiennent l’idée de la réorganisation productive et néolibérale des territoires. Strictement résidentiel, orienté vers le tout automobile, ce modèle d’aménagement est énergivore, dispendieux, inégalitaire... Ici, il existe toutefois des exemples de réappropriation (ex : planification locale), voire de détournement d’outils (ex : quelques cas d’éco-quartiers non uniquement centrés sur l’économie d’énergie et ce faisant l’écologie punitive), voire la reconnaissance légale de l’expérimentation territoriale dans le cadre de marchés publics (loi de 2012). Il y aurait alors nécessité de relayer ces expériences et savoir-faire, à diffuser les pratiques en la matière, dont la souplesse est à l’opposé de la normativité de la technique comme régulation collective. Par exemple, le bioclimatique implique des compétences qui existent dans les territoires.

C’est ici que le troisième sujet de débat a été posé : la maîtrise du territoire par le citoyen et une nouvelle alliance local/national en rupture avec la métropolisation.

N’y a-t-il pas priorité à réinvestir les espaces périphériques ruraux propices au développement d’alternatives radicales ?

Que ce soit sous l’angle des modes de vie ou sous celui de la réappropriation des outils, il existe de plus en plus de signaux de résistances ordinaires, une infra-politique dont la généralisation est dorénavant posée. Des pratiques politiques novatrices (auto-construction, coopération solidaires, mobilisations plus ou moins sectorielles) se font jour vis à vis d’institutions publiques émiettées, obsolètes et de plus en plus dépossédées par la réforme territoriale en cours.

Dès lors que l’Etat, du niveau communal au niveau national, est appréhendé comme un construit social et produit du rapport de forces, deux hypothèses nécessitent réflexion :

  • Peut-on se dispenser que les mobilisations et les luttes en cours visent aussi à la transformation des institutions publiques ?
  • Ne doit-on pas s’assurer que des lois et règlements construisent un principe d’égalité pour tous, sur l’espace national (ex : péréquation des richesses au sein et entre fédérations de régions) ?
    Concernant la maîtrise du territoire par les citoyens, il y a lieu de porter la lutte au niveau communal, par opposition à un niveau intercommunal majoritairement construit comme technocratique. Ici, sont particulièrement visés :
  • l’obsolescence des outils de l’aménagement. La mobilisation critique ne nécessite-t-elle pas de dévoiler/dénoncer leur détournement au profit de la permanence et de l’ajustement à la marge du système actuel, productiviste, inégalitaire, ségrégatif et énergétivore.
  • La montée en puissance de l’expertise et des savoirs techniques au détriment des savoirs citoyens et habitants et de leur légitimité à participer directement des délibérations.

Au final, 3 passages sont apparus comme obligés pour la construction des territoires, territoire conçu comme un bien commun et espace de vie en commun :

- Dépasser les luttes sectorielles, les articuler au et sur le territoire

- Prendre conscience que l’imaginaire est une construction sociale et s’engager dans une production d’une vision citoyenne et habitante commune du futur

- Organiser un pacte entre acteurs locaux sur ce futur collectif à construire.

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